

Les récents débats au sujet de la venue de groupes anglophones à L’Autre St-Jean ont, encore une fois, complètement évacué l’essentiel. Alors que chez certains souverainistes, il y a un malaise — compréhensible — face à la venue de Lake of Stew et Bloodshot Bill, chez les fédéralistes on voit, dans la venue de ces groupes, une victoire du multiculturalisme.
Or, s’il ne s'agit certainement pas d'une victoire du multiculturalisme, il ne s’agit pas non plus d’un geste prémédité dans le but de faire reculer le français. Il s’agit plutôt de rendre hommage à l’histoire et la culture du Québec comme État.
Oui, le français recule et, contrairement à ce que les sbires de Gesca veulent nous faire croire, ce n'est pas extrémiste de le souligner. Ce n’est pas extrémiste, non plus, d’avoir des craintes face à la signification de la présence de musique anglophone à la Fête nationale. Néanmoins, il serait étonnant que ce soit la volonté de l’ensemble de la communauté anglophone du Québec de voir le français disparaître.
En fait, ce n’est pas de la faute aux citoyens anglophones si les nationalistes sont en déroute et que le français recule, c’est plutôt parce que le Québec a été victime d’une offensive réussie de la part d’une élite financière qui n’a rien à voir avec Lake of Stew et Bloodshot Bill. C’est cette élite qui possède les médias et le capital et qui a, sous son joug, une grande partie de la classe politique québécoise et canadienne. Ce sont ces gens qui ont fait reculer le français partout au Canada et qui ont intérêt à utiliser les communautés culturelles et les minorités historiques pour aveugler le mouvement nationaliste et le faire passer pour intolérant.
Les Québécois ont vu les Franco-manitobains se faire assimiler et ils ont vu les Acadiens se faire folkloriser. Ils se sentent fragiles et se concentrent sur le fait que les francophones sont une infime minorité sur le territoire nord-américain. Cela n’est qu’un réflexe de survivant.
Néanmoins, il faut faire attention, car lorsque l’on répète que les francophones ne sont que 2 % en Amérique du Nord et que ce sont les Anglais qui ont conquis la Nouvelle-France, on a beau relater un fait historique et démographique indéniable, on joue aussi le jeu de l’adversaire. En effet, ce n’est pas parce que nous sommes minoritaires que nous devons nous comporter comme tel. Il faut plutôt constater que nous possédons un État (le Québec) et que, dans cet État, nous sommes majoritaires.
C'est lorsqu'on le voit ainsi que l'on peut comprendre pourquoi certaines personnes ont décidé de laisser une petite place à une minorité historique dans le cadre d’une Fête de quartier. Dans ce cas-ci, les groupes invités se conformeront aux institutions de la majorité francophone, honoreront les mêmes règles que les autres invités et parleront en français à la foule. Ils verront les francophones pour ce qu'ils sont, c'est à dire majoritaires.
Pour le reste, ces deux groupes semblent plutôt représenter une facette de la culture et de l’histoire du Québec. D’une part, Lake of Stew, dont la musique rappelle ce qu’on entendait dans les pubs de l’ouest de Montréal, sont d’origine irlandaise et sont issus de familles de prolétaires qui, comme les francophones, se sont fait exploiter dans les usines du Québec. Bloodshot Bill, quant à lui, chante dans une langue mi inventée qui n’a pas de lien clair avec l’anglais. De plus, ces deux musiciens jouent aussi en français.
Alors oui les peurs sont grandes face à l’avenir du français, mais il est préférable de ne pas croire ceux qui disent que les Québécois sont nés pour un petit pain. Il faut refuser les insultes de ces gens qui disent que les défenseurs de la langue sont intolérants et plutôt comprendre pourquoi ces derniers sont craintifs.
Le Québec sera toujours marginal dans le tout nord-américain et il faut faire preuve de persévérance. Cependant, chaque fois qu’une entreprise québécoise exporte son savoir, chaque fois que nous intégrons un immigrant et chaque fois que le gouvernement du Québec légifère en fonction des intérêts du peuple, nous bâtissons le Québec et nous nous concevons en majoritaire.
C’est en se concevant en majoritaire, que nous sortirons du cadre imposé par nos adversaires. C’est en se concevant en majoritaire que nous construirons un Québec libre et démocratique. C’est en se concevant en majoritaire que nous rendrons hommage à ce vieil Irlandais qui crie, à qui veut bien l’entendre, qu’il sera avec nous — tout comme l’ont été les Irlandais catholiques lors de la révolte des patriotes — lorsque viendra le temps de terminer la construction du pays.
Bref, c’est en se concevant en majoritaire que nous gagnerons.
Bonne fête nationale.
- L'équipe du Bouc
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L'Autre St-Jean
23 juin, 18 h au parc le Pélican
Coin Masson et Molson à Montréal
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Le grand spectacle de la fête nationale à Montréal
24 juin, dès 17 h au parc Maisonneuve
précédé du défilé des géants à 13h au coin de Fullum et Sherbrooke.
Pour les autres fête de quartier à Montréal :
www.fetenationale-montreal.qc.ca
Pour l'extérieur de Montréal :
www.fetenationale.qc.ca
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