
Mise en contexte
Début juin 2007, je pète une coche avec mon ex. Je décide d'aller consulter parce que je trouve mon comportement vraiment bizarre et je crois que c'est de ma responsabilité de voir un spécialiste de la santé mentale. Je me rends bon an mal an à l'Urgence psychiatrique de l'Hôpital Douglas (aussi et particulièrement un centre de recherche en santé mentale de l'Université McGill). Huit heures passent, puis je suis reçu par un médecin de garde anglophone qui semble capable de comprendre le français. Je lui explique mon cas en 45 minutes à peine et il termine notre entretien en disant : « D'accord, mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse? ». Semblerait-il qu'il n'ait rien compris de ce que je venais de lui raconter dans un mode expressif sur les nerfs – tout de même pas évident de comprendre quelqu'un qui subit des symptômes xyz et qui parle notre langue seconde...
Suite
À ce stade, j'explique gentiment au monsieur que je sens que j'ai quelque chose qui cloche et que je veux y remédier au PC. Je ne veux pas savoir ce qu'il a compris, mais il me répond que c'est d'accord et j'obtiens un rendez-vous avec le docteur Faire-accroire (je tais son nom par respect de l'individu) deux mois plus tard. Entre-temps, j'essuie un autre pétage de coche qui me ramène à la même salle d'attente pour avoir à peu près le même résultat quelques jours après. Non mais quand on ne peut plus faire dodo quand même il faut s'aider!
Développe
Vient enfin le jour tant attendu! Vais-je être suivi? Qu'ai-je donc? Est-ce dangereux? Je suis bien content en tout cas de me rendre pour une première fois à la rencontre d'un médecin de l'esprit (me dis-je tout bas et heureux). Après quelques minutes (plus d'une heure quand même) d'entretien et de questionnements le diagnostic tombe : Le docteur Faire-accroire me renseigne à savoir que je suis un bipolaire maniaque (type I) à cycle rapide. Je m'attendais à quelque chose, mais ça... c'est comme de découvrir Donkey Kong et Minnie Mouse dans le même Kinder Surprise. C'est surprenant comme ça disjoncte un cervelet une telle fausseté.
Bien entendu, le docteur m'offre des comprimés pour calmer mes humeurs et pour mieux dormir la nuit. Résultat : incapable de me réveiller, pertes d'énergie et je devenais peu à peu une légumineuse ambulante.
Remballe
Un jour je me tanne et j'arrête de prendre ces comprimés qui m'abrutissent plus qu'ils ne m'aident à vivre heureux. Du même coup, je décroche un emploi à temps plein – que j'occupe encore. Je manque mon rendez-vous avec le docteur et je n'ai plus de ses nouvelles, aucun suivi ni rien. Enfin, je vis avec mon anicroche jusqu'à ce qu'elle refasse surface récemment (oui bon on a tous des petits bobos vous savez). À ce point je décide d'aller voir ailleurs, insatisfait du traitement reçu et pour cause !
Causalité de débilité sociale et humaine
Je me rends à mon CLSC, j'expose mon cas, je vais voir mon médecin généraliste – un vietnamien très compétent et gentil – et j'aboutis en clinique externe à l'hôpital Jean-Talon. On me fait au préalable répondre à une série de questions où j'expose clairement à quelqu'un qui comprend très bien ma langue d'expression mes états d'esprit et mes pensées, tralalère et tout. On me donne des outils, on me comprend puis enfin on expose un possible diagnostic après de longs entretiens, évidemment! Bien moins grave et bien plus accueillant, c'est pas le trouble bipolaire maniaque type I rapide qu'il y avait l'autre côté de la porte, c'est juste un trouble de personnalité quelconque dont je tais le nom et qui se règle très bien sans comprimés et par l'esprit... Bref. Ma question est simple. Comment se fait-il qu'on ait posé sur moi un diagnostic erroné aussi aisément? Comment se fait-il que je me sois ramassé sur un médicament qui aurait potentiellement nui à mon être en tant qu'être!? Comment n'ai-je pas su plus tôt, n'ai-je pas seulement été informé que je pouvais juste avoir quelque chose d'autre qui se règle très bien en thérapie et qui ne requiert aucune médication?
Parce que les spécialistes ne m'ont pas bien compris, parce que ces derniers n'ont pas décodé quand je leurs parlait en français, et parce qu'ils ont diagnostiqué sans tester adéquatement, sur la base de mon discours. Comment détecter les subtilités quand on a une toute petite maîtrise du langage du patient? Comment fouiller les problèmes quand on n'est pas capable de formuler la question ou d'interpréter la réponse? Mon système m'a fait mal, mais au moins j'ai moins mal à la tête maintenant qu'on comprend ce que je communique aux instruits