
The Pirate Bay (TPB), le plus gros réseau d'échange de fichiers au monde, est en voie de disparaître. Pour vous donner une idée, TPB permet l'échange de plus d'un milliard et demi de fichiers illégaux chaque année. Vous l'avez probablement utilisé sans vous en rendre compte puisque TPB héberge une très bonne part des torrents* pris sur divers sites. Qu'arrivera-t-il avec les as de la piraterie New Age? La petite histoire, loin d'être banale, vous est rapportée ici.
Depuis ses débuts, en 2003, le site a reçu des milliers de lettres de grosses compagnies œuvrant dans tous les domaines du divertissement. Ces compagnies affirmaient que TPB piratait du contenu sous droit d'auteur. Notez cependant que, techniquement, ce sont les utilisateurs, et non pas le site lui-même, qui commettent l'acte de piratage. En termes vulgarisés, le rôle de TPB se limite à montrer où trouver les fichiers. Ce serait un peu comme accuser Postes Canada de piraterie parce qu'il livre des DVD illégaux par la poste.
En 2006, la Motion Picture Association et le gouvernement américain étaient allés jusqu'à faire des menaces de blocus financier sur le marché de la Suède pour forcer son gouvernement à faire cesser les activités de TPB.
Trois mois plus tard, les autorités suédoises avaient saisi les serveurs de TPB. Uniquement trois jours furent nécessaires par la suite pour que le site redevienne fonctionnel… Entre-temps, celui de la police nationale suédoise ne l’était plus!
En 2007, pour se protéger des poursuites judiciaires, TPB a voulu acheter une plate-forme militaire de 550 m² dans les eaux internationales pour y mettre ses serveurs. En effet, Fort Roughs, au large du Royaume-Uni est devenue la principauté de Sealand en 1967. Un an plus tard, un tribunal britannique a émis un jugement reconnaissant que la plate-forme se situait en dehors de sa juridiction. Après quelques trahisons, coups d'État et prisonniers de guerre, la plate-forme a été la proie des flammes et a été mise en vente. TPB a voulu l'acheter, mais le Roi de Sealand n'a pas voulu la vendre à des pirates!
Vers la fin 2007, TPB a décidé de jouer au lapin-chasseur et de porter plainte à la police contre une dizaine de grosses compagnies œuvrant dans le domaine du divertissement qui auraient engagé une firme pour saboter le réseau de partage de fichiers.
Au début 2008, l’enquête qui a été ouverte après la saisie des serveurs était dirigée par Jim Keyzer, un policier… également salarié de Warner Bros. Plus tard, il sera aussi le principal témoin durant le procès…
En avril 2009, une sentence fut rendue : un an de prison ferme et 4 millions de dollars d’amende. Les quatre accusés sont donc passés en procédure d'appel.
Peu de temps après, il a été révélé que le juge qui a ordonné cette sentence, Tomas Norström, était membre de l'Association suédoise du droit d'auteur et qu'il siégeait sur le conseil d'administration de l'Association suédoise pour la protection de la propriété intellectuelle.
Le juge s’est défendu en entrevue dans une radio suédoise en affirmant que son « point de vue n'a pas été influencé par [son] investissement auprès des groupes de protection des droits d'auteur ». Il a ajouté qu'« à chaque fois qu'[il prend] une affaire, [il s'interroge] à savoir si [son] point de vue est orienté ».
La cour d'appel a statué que le juge Norström n'était pas en faute : « La Cour d'Appel en est arrivée à la conclusion qu'aucune des circonstances exposées, envisagées de façon individuelle ou dans leur ensemble, ne signifie qu'il existe un doute légitime sur l'impartialité du juge. »
À la fin juin, TPB a donc décidé de s'en remettre à la Cour de justice européenne et de plaider contre cette « violation des droits de l'homme » fait à leur égard c’est-à-dire le droit d’avoir un procès juste et impartial.
Cinq jours plus tard, on apprend qu'une firme de logiciel suédoise pourrait racheter les installations, la technologie et le nom de domaine de TPB pour un montant équivalent à celui de la poursuite.
Le 5 août dernier, on a aussi appris que cette firme serait en train de signer un accord avec l'un des majors de l'industrie du disque. Elle offrirait les produits de celui-ci en téléchargement payant. Tout indique que la vente de TPB sera terminée dans les prochaines semaines.
Est-ce cependant la fin des torrents? Non! En effet, les ingénieurs de TPB ont discrètement préparé un plan B. Lors de la fermeture de thepiratebay.org, les torrents seront redirigés de façon transparente vers openbittorrent.com (un site créé par les auteurs de TPB). Plus qu'un simple changement de nom, leur nouvelle approche segmenterait encore plus la distribution de fichiers afin de la rendre encore moins attaquable au niveau légal.
Ne vous en faites donc pas, les torrents TPB que vous avez téléchargés depuis le début juillet sont déjà compatibles avec OpenBittorrent et vont continuer de fonctionner après la vente du site!
Si vous avez des questions sur cette nouvelle section, vous pouvez m'écrire à julien@lebouc.org.
PS: Notez que, malgré cet article, dans le débat pirates vs ninjas, je ne prends pas pour les pirates.
* Qu’est-ce qu’un torrent?
Un torrent est un petit fichier informatique décrivant où trouver un certain contenu (musique, vidéo, texte, programme, etc.) dans le vaste réseau qu’est Internet. En bref, il permet de se connecter à un annuaire qui indique qui télécharge aussi ce contenu. Afin d’avoir un téléchargement rapide, il est alors possible d’aller chercher des parties du contenu chez chaque personne qui télécharge aussi le fichier