
Cinquième d’une série de quelques articles afin de comprendre le système de santé et de proposer des solutions.
Les défis qui attendent notre système de santé sont de taille. Le point le plus important à long terme est sans aucun doute le financement. En effet, toutes les solutions et toutes les belles idées resteront à jamais sur les tablettes si notre gouvernement n’arrive pas à assurer sa survie financière. L’État devra donc trouver un moyen d’augmenter ses revenus globaux tout en diversifiant ses sources de revenus. Pour le Ministère de la Santé, il sera aussi primordial de diminuer les coûts globaux ou au moins d’en freiner l’augmentation exagérée.
Évidemment, la meilleure façon de dépenser moins en santé est d’être en meilleure santé. C'est pourquoi une emphase particulière devra être mise sur les programmes axés sur la prévention des maladies (vaccination, saines habitudes de vie incluant des exercices réguliers et une bonne alimentation). L’éducation à la santé devrait également être incluse dans le curriculum scolaire tout au long des années d’étude. Des mesures négatives contre les produits nocifs (ex : la taxation) devraient constituer le second bras de telles mesures.
Plusieurs autres mesures permettraient aussi de diminuer les coûts. Tout d’abord, le maintien à domicile des gens permettrait d’économiser une fortune en frais d’hébergement. Cela nécessitera d’impliquer des familles et une utilisation accrue des compétences des aidants naturels.
En ce qui concerne les manques d’effectifs, ceux-ci ne seront comblés qu’à la condition de bien former la relève et en nombre suffisant. En ce sens, il faudrait diminuer le contingentement à l’entrée, sans diminuer les critères d’obtention des diplômes. Le financement à long terme des écoles devra aussi être assuré. De plus, afin de retenir la main-d'œuvre, il faut viser des conditions de travail et des salaires intéressants et faciliter l’intégration des immigrants en reconnaissant les études effectuées à l’étranger. Aussi, la délégation d’actes médicaux à d’autres professions devra être facilitée. Finalement, il ne fait pas négliger l'apport du bénévolat qui pourrait soulager les soignants des tâches simples, mais qui demandent beaucoup de temps.
Aussi, pour ceux qui rêvent du privé comme panacée, il serait important de rappeler que ce dernier est déjà très présent dans divers milieux reliés à la santé (cliniques dentaires, clinique de fertilité, psychologues, etc.). En revanche, certains secteurs doivent être gardés publics si ce n'est que parce qu’ils ne pourront pas être à la fois accessibles aux moins nantis et rentables. C'est pourquoi il faut aussi revoir la politique des médicaments afin de pouvoir contrôler les coûts de l’assurance-médicaments tout en maintenant le programme accessible.
Au niveau administratif, une bonne coordination entre les services sera essentielle pour optimiser les ressources et diminuer le gaspillage (ex : éviter les enveloppes budgétaires étanches qui favorisent les dédoublements de coûts). Un bon exemple de coordination de ressources : le dossier de santé intégré. Ce dossier sera accessible à la fois par les hôpitaux, les cliniques et les pharmacies. Ce programme sera difficile à implanter, mais tellement utile lorsqu’il sera opérationnel!
En définitive, l’opinion publique est très émotive dans tout ce qui touche la santé, mais il ne faut pas baser nos décisions sur les sondages d’opinion du moment. Plusieurs décisions nécessaires pourraient être difficiles et impopulaires, cependant, elles s'avèrent nécessaires. Pour ce faire, il faut débuter par remettre en question un dogme qui à l’origine de notre conception du fonctionnement du système de santé, c'est-à-dire de penser que c'est ce ministère qui est la priorité et qu'il éclipse ainsi les autres les priorités de l'État.