
Depuis un moment déjà, le conflit israélo-palestinien occupe toutes les tribunes et le foulard palestinien, le keffieh, retourne s’accrocher aux cous des pro-palestiniens, des manifestants professionnels, des syndicalistes, des cégépiens, ainsi que des demoiselles ultra-maquillées en survêtement. D’ailleurs, toutes les personnes arborant fièrement des Nike à leurs pieds peuvent maintenant se procurer ce fameux accessoire en magasinant chez Simons ou chez Urban Outfitters.
Comme pour la ceinture fléchée du temps des Patriotes de 1837-1838, le foulard palestinien est un symbole politique de résistance face à un envahisseur, envahisseur qui était alors britannique au moment du passage à l’usage de ce fameux foulard, au milieu des années 30. Il s’est par la suite muté en symbole vestimentaire de la cause palestinienne dans le cadre du conflit israélo-palestinien et aurait été repopularisé par Yasser Arafat. Puis, le keffieh a fini par se retrouver sur les tablettes des chaînes de magasins et n’est finalement devenu qu’un foulard aseptisé – comme une fête du 400e – de toute sa signification politique et historique.
Utiliser la mode pour promouvoir une cause politique n’est pas un fait nouveau, loin de là, l’exemple de la ceinture fléchée le montre, mais on peut penser également au chandail à l’effigie de Che Guevara. La mode politique n’a bien entendu rien de répréhensible. C’est comme porter n’importe quel vêtement affichant une marque : c’est une publicité et, dans le cas de mode politique, une publicité d’opinion et d’expression encore plus révélatrice de soi, du moins jusqu’à ce que le tout ne veuille plus rien signifier. En fait, la mode politique semble être en croissance et le phénomène serait des plus intéressants si la mode pouvait veiller à au moins conserver le symbolisme politique des vêtements-causes qu’elle popularise.
Toutefois, comme le keffieh, le chandail aux couleurs vives du Che a pâli avec le temps et a perdu son symbolisme. D’un révolutionnaire, Che Guevara est devenue une compagnie de mode. D’ailleurs, Urban Outfitters vend également des chandails à l’effigie d’Obama – très vendeur dans les temps qui courent – et plus près d’ici, des chandails à l’effigie des Che québécois, René Lévesque et Pierre Bourgault, sont disponibles pour les fashionistas (et fashionitos si le masculin du terme existe) politiques respectivement aux boutiques web du Parti québécois et des éditions Le Québécois.
Dans une moindre mesure, la mode politique, c’est comme un drapeau, une identification politique à partir d’un bout de tissu. C’est toute la différence entre l’aspect implicite et l’aspect explicite d’un objet, c’est-à-dire l’objet en tant que tel et ce qu’il représente, son symbolisme. Le foulard palestinien est l’un de ces objets pour lequel cette différence prend tout son sens. C’est plus qu’un foulard, c’est plus que le dernier item à la mode, c’est une cause politique que vous portez au cou. Et ceux qui le portent endossent donc la cause palestinienne en exprimant, par la mode, leur prise de position en faveur des Palestiniens. Alors, si le foulard vous va… portez-le, mais autrement, pourquoi exprimer une opinion que vous n’avez pas et banaliser un vêtement hautement symbolique pour certaines personnes?