
M. Pratte, dans son éditorial du 11 janvier dernier, écrit au sujet de Jean Pelletier, cet ancien fonctionnaire instigateur du programme des commandites qui est récemment décédé, et dresse de lui le portrait d’un grand homme en le présentant pratiquement comme une victime injustement persécutée. M. Pratte termine son texte en demandant au gouvernement fédéral de ne plus porter en appel le jugement concernant M. Pelletier et il explique pourquoi. Or, plusieurs éléments apportés par M. Pratte dans son argumentation semblent peu concluants.
En premier lieu, quant à M. Pelletier et à « sa rigueur, son honnêteté, son abnégation » que, contrairement à M. Pratte, plusieurs personnes mettent en doute, il est tout de même questionnable que celui-ci, en tant qu’instigateur d’un programme des commandites si éminemment politique, ne ce soit jamais prononcé en faveur du suivi du fonctionnaire en charge, Charles Guité. D’autant plus que ce programme constituait une dépense importante du budget fédéral.
En second lieu, la pratique de l’éloge post-mortem grandiloquente de toute personnalité publique est également questionnable et illustre une certaine hypocrisie. Faire preuve de respect et de sympathie envers la famille du défunt n’oblige pas à se répandre en compliments exagérés et plus ou moins sincères. Bien qu’une certaine franchise puisse laisser place à une possible controverse comme celle survenue suite aux propos de Pierre Falardeau à la mort de Claude Ryan, elle a au moins le mérite de ne pas faire de faux-semblant. Vouloir présenter l’homme autrement qu’il était n’est pas lui rendre hommage, ce n’est qu’un faux témoignage.
En dernier lieu, en ce qui concerne la conclusion d’André Pratte, comme quoi « le gouvernement Harper, s’il est capable de quelque décence, devrait laisser tomber cet appel », aucune logique ne semble pouvoir tirer une telle affirmation. Si vraiment M. Pelletier était la rigueur, l’honnêteté et l’abnégation incarnées, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout des procédures judiciaires entamées? Être disculpé par une instance juridique en ne bénéficiant d’aucun favoritisme et par des magistrats se devant d’être impartiaux, n’est-ce pas la meilleure façon d’être blanchi aux yeux du peuple? – en tous les cas, c’est préférable que de l’être par un éditorialiste se devant d’être partial. En fait, il s’agit d’un étrange raisonnement au sujet d’une personne comme M. Pelletier qui serait pratiquement au-dessus de tout soupçon et qui aurait été injustement traité et harcelé par Myriam Bédard, le gouvernement Martin, le juge Gomery, encore le gouvernement Martin, puis le gouvernement Harper pendant cinq années de calvaire. Pour justifier l’innocence de M. Pelletier, M. Pratte rapporte les jugements de la cour fédérale qui ont été plutôt en faveur de M. Pelletier, mais, d’un autre côté, il accuserait d’indécence un gouvernement qui voudrait aller jusqu’au bout d’un processus judiciaire dans cette même cour d’appel fédérale envers un homme dont M. Pratte est, on le rappelle, certain de l’honnêteté. Comme M. Pelletier n’aurait alors aucun risque d’être condamné – étant à la fois innocent et décédé – c’est manifester très peu de confiance envers le système judiciaire canadien.
En somme, l’argumentation de M. Pratte ne me semble guère valable. L’honnêteté de M. Pelletier dans le cadre du programme des commandites se pose toujours, qu’il soit mort ou non, et le minimum pour que la question se règle est de laisser la justice suivre son cours, et pour être plus précis, suivre son cours dans une cour de justice et non sous le jugement de M. Pratte. On espère qu’ainsi, la réputation de Jean Pelletier deviendra ce qu’elle aurait toujours dû être : sans faux témoignage.
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