
Combien d’étrangers n’ont pas rêvé d’épouser l’idylle même de l’humanité en obtenant l’exclusivité sur la main d’œuvre québécoise? Je m’intéresse depuis peu au contexte bolivien, ma sœur de sang s’étant amourachée d’un certain Adhémar lors de son stage de six mois avec l’ACDI. Guide d’aventure professionnel, Adhémar est un homme en muscles et en caractère qui ne parle que deux langues, comme la majorité des gens de son pays, qui sont l’espagnol et un dialecte bolivien dont le nom m’échappe.
Tombés en amour, ils planifiaient de se voir au mois de septembre sur la terre de mon père où ils auraient travaillé et profité de la vie. Le tout était parfait, sonnait angélique pour le petit couple fiancé de manière non officielle sur un sommet oxygéné des Andes. Adhémar viendrait en visite, quelques semaines, ce qui permettrait à mon père de lâcher lousse ses principes un peu trop cathos qui veulent passer l’union par une suite logique de rencontres avec la famille.
L’obtention d’un visa de vacances à Immigration Canada ne devait être qu’une formalité de pacotille. Or, c’est ce point névralgique du processus qui a rompu le rêve de ce couple tout chaud qui planifiait faire son nid pour cet automne. La raison? Inconnue. Ma sœur a d’abord écrit à l’organe fédéré pour connaître les motifs du refus. Aucune réponse. Par la suite, elle a donc écrit une lettre de bêtises à laquelle on a répondu comme quoi rien ne laissait croire que son fiancé allait revenir en Bolivie puisque ce dernier n’y possède ni terre, ni entreprise, ni avoirs de grande valeur et que donc, vivant dans la pauvreté, il devait forcément n’avoir aucune motivation à quitter sa bien-aimée pour retourner auprès de son pays, des êtres chers qu’il côtoie et de sa famille.
D’autant plus qu’étant guide d’aventure Bolivien, on aurait subrepticement évoqué en dernier lieu la sécurité nationale et la lutte au terrorisme, car croyez-le ou non, un Bolivien amoureux ça peut faire beaucoup de dommages économiques et politiques! Non, mais franchement...
C’est donc avec une carotte sur le cœur que je m’adresse aux fonctionnaires d’Immigration Canada et que je partage avec vous chers lecteurs cette péripétie qui n’en finit plus. Le couple s’est revu pendant dix jours récemment, ma sœur ayant déboursé les 1500$ pour prendre le vol nécessaire et je devrais l’accompagner à Sucre, Bolivie, durant les vacances de noël. Ma mission non moins palpitante : les marier sous l’égide du Québec. Cela si le Code civil ne restreint pas le lieu de célébration sur son sol…
Mais à quoi donc rime cette métaphore de frite-sauce dont je vous ai fait part en titre de mon article? C’est simplement une analogie. Vous savez, dans une frite-sauce il y en a qui trempent dans le jus brun et d’autres qui restent immaculées à la surface. C’est un peu comme l’immigration au Canada. Il y a ceux qui trempent dans la masse fluente brunâtre et qui d’habitude ne servent qu’à supporter ceux qui sont hors du contexte brun. Or en immigration ce sont ces derniers qui sont acceptés. Le système semble très sélectif à n’accorder que des visas à ceux qui possèdent à l’étranger (terres, biens, actions, les riches quoi). Les autres semblent être soumis aux lois préventives sur le terrorisme. C’est très dommage parce que dans plusieurs pays du sud, il n’y a pas de classe moyenne. Donc soit on est riche et on peut avoir un visa de vacances canadien, soit on est pauvre et on peut être un terroriste.
Évidemment, il n’est pas question de soi-disant manger des frites, mais l’image me semble assez juteuse pour vous en faire part. Bon appétit!