
Troisième d’une série de quelques articles afin de comprendre le système de santé et de proposer des solutions.
Le système de santé est une machine très complexe qui nécessite beaucoup de personnel qualifié. Or, nous nous retrouvons aujourd’hui en pénurie chronique de travailleurs. Cela nuit non seulement à la productivité, mais place souvent les patients dans des situations dangereuses.
Le vieillissement général de la population affecte évidemment aussi le personnel médical. De plus en plus de gens atteignent l’âge de la retraite et les nouveaux arrivants ne suffisent pas à combler les départs. Ce phénomène est accentué par les mises à la retraite massives orchestrées dans la dernière décennie dans un but strictement économique. Puisque la pénurie sévit autant dans le secteur public que dans le secteur privé, et ce, presque partout sur la planète, tous les employeurs sont en constante compétition pour attirer des candidats. Les offres d’emploi viennent désormais de partout dans le monde et il existe maintenant une véritable industrie professionnelle du recrutement. Le contexte de libres marchés et de mobilité de la main-d'oeuvre (internationale et interprovinciale) fait en sorte qu’un professionnel de la santé peut se dénicher facilement un emploi à ses conditions dans la ville de son choix.
Compte tenu des bons salaires et des avantages octroyés aux travailleurs de la santé, pourquoi n’y a-t-il pas plus de gens intéressés par ce domaine? Tout d’abord, il faut savoir que plusieurs de ces professions sont soumises à un contingentement sévère lors de l’admission aux études. De plus, l’accessibilité à la pratique professionnelle est fortement contrôlée par les ordres professionnels et la reconnaissance des spécialisations est longue et difficile. Le système de santé étant très réglementé et inspecté, tous les employés font face à de lourdes responsabilités et ils voient leurs actions souvent critiquées et scrutées à la loupe.
Il ne faut pas oublier que le marché du travail en général a subi des transformations énormes dans les dernières décennies. Les avantages acquis au fil des combats sociaux pour améliorer les conditions de travail ont aussi contribué à diminuer la disponibilité de la main d'oeuvre. Nous observons d'ailleurs quelques différences de comportement entre les nouveaux professionnels et leurs aînés. Les praticiens plus jeunes sont, par exemple, moins portés à effectuer des heures supplémentaires et insistent beaucoup sur la qualité de leur vie familiale. Il semble donc que travailler dans le domaine de la santé soit moins une vocation qu'un simple choix de carrière comme un autre… Nous sommes loin de la vision romantique du médecin missionnaire au service de sa communauté.
Finalement, au lieu de chercher des solutions à long terme au problème de la main d'oeuvre, on a adopté des mesures coercitives (comme c’est le cas pour les quotas de pratique ou les gardes obligatoires). Cette situation générera, à terme, un cercle vicieux où les membres du personnel, épuisés d'effectuer le travail de plusieurs personnes, tomberont malades ce qui obligera leurs collègues à mettre les bouchées doubles.