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Reprographie nationale

octobre 2008

Vie urbaine

Gabrielle Dufour-Turcotte

Du sang et des jeux

Grabrielle Dufour-Turcotte

Le 27 septembre dernier avait lieu au Medley des combats de l'IWS ou International Wrestling Syndicate. Qu'est-ce que l'IWS? Eh bien, il s'agit de lutteurs amateurs qui s'affrontent sur le ring sans aucune réglementation. Les arbitres n'y font que de la figuration, tous les coups sont permis, les lutteurs se retrouvent souvent en dehors du ring et l'usage de chaises et de blocs de ciment pour frapper son adversaire n'y est pas prohibé et est même encouragé. Être invitée pour la première fois à observer les lutteurs de l'IWS au combat est une expérience en soit, cœurs sensibles s'abstenir. Samedi dernier, le public semblait majoritairement masculin et anglophone, à l'image de l'IWS. Pendant près de quatre heures, cinq ou six combats se sont enchaînés.

Le début de la soirée a été marqué par quelques tensions linguistiques lorsque des spectateurs ont crié à l'animateur de parler français et que celui-ci a refusé en se moquant des francophones. D'autant plus que le premier combat était un affrontement entre un francophone et un anglophone.

Après deux autres combats est venu un moment grandement attendu par les fans : le combat d'échelles, un combat par équipe de deux qui s'achève lorsqu'un des lutteurs récupère une ceinture fixée au plafond. Les échelles sont utilisées tant pour donner des coups à l'une des deux équipes adverses que pour faire tomber les autres lutteurs. Ce combat s'est d'ailleurs soldé par une chute digne d'un film de Jackie Chan de deux lutteurs juchés sur des échelles directement sur les tables disposées expressément à cette fin à l'extérieur du ring. L'un des lutteurs a été pris de convulsions et sorti rapidement de la salle. À la fin du combat, pratiquement tous les lutteurs étaient au sol.

C'est toutefois le dernier combat qui s'est révélé le plus spectaculaire et dangereux. Des masques et des lunettes de protection ont été distribués aux spectateurs des premières rangées pour le combat le plus attendu et thématique de la soirée « Fans bring the weapons ». Un grand nombre de néons, des raquettes de tennis, des massues, des chaînes improvisées ont été donnés aux spectateurs pour que ceux-ci les fassent parvenir aux lutteurs en temps et lieu. Dès le début, les lutteurs se sont fracassé des néons les uns sur les autres. Les lutteurs ont dépassé les clôtures de protection de la foule et se sont retrouvés à se battre au beau milieu des spectateurs. Certains fans, en mal de violence, ont eux-mêmes abattu des néons sur les lutteurs. Un des lutteurs, l'initiateur de l'IWS, Sexy Eddy, s'est jeté du haut des balcons du deuxième étage sur un autre lutteur pendant qu'au même moment, dans l'arène, un lutteur était projeté par un autre sur une construction en néons. Le dernier combat de la soirée s'est achevé peu après lorsqu'un lutteur s'est fait apposer un tissu au visage l'empêchant de respirer, sous les huées de mécontentement de la foule. La soirée s'est conclue et les fans se sont dispersés marchant sur le mélange de sang, de bière et de débris de néons.

Certains, pour ne pas dire la plupart, se questionneront peut-être sur ce genre d'apologie de la violence et sur la motivation de ces jeunes hommes à subir autant de souffrances sans pratiquement aucune rétribution. N'empêche que ce genre de combat ne manque pas d'exercer une sorte de fascination, que ce soit de la part de fans de longue date ou des nouveaux initiés aux combats de l'IWS.

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