
Il est intrigant de constater à quel point un très grand détachement se fait sentir à l’égard de l’un de nos plus précieux établissements d’enseignement au Québec. Les discours entourant le plan de redressement de l’UQAM – il va sans dire nécessaire – restent cantonnés dans la rhétorique comptable, faisant fi d’exprimer les réelles incidences politiques de la faillite de cette institution.
L’UQAM a vu le jour en 1969, elle en est présentement à sa 40e rentrée. Pour ma part, j’en suis à ma douzième année de fréquentation, et ce, par conviction personnelle. Le choix de cette université s’est imposé entre autres par l’héritage moral que l’on m’a transmis; mon père était de la première cohorte des diplômés.
Les noms proposés à l’origine pour cette université (Louis-Jolliet, Louis-Joseph-Papineau) devaient traduire les valeurs de liberté intellectuelle et d’émancipation nationale telles que vécues à l’époque du « réveil du Québec ». Malheureusement, il semble que le sommeil nous emporte parfois. Nous oublions que de très grands artisans et bâtisseurs y ont été formés, y ont travaillé et y œuvrent encore. Pensons aux Michel van Schendel, Pierre Bourgault, Georges Leroux…
Mais, nous continuons à traiter cette institution comme la seconde de classe au lieu de la considérer comme un pilier. Nous n’hésitons pas à la qualifier de «polyvalente» face à sa sœur aînée montréalaise… La faible ampleur des sommes accordées à l’UQAM lors du réinvestissement dans les universités au printemps dernier en témoigne.
Le cas de l’UQAM ne dépasse pas la rhétorique du mode d’assainissement des finances : gestion des dépenses courantes, résultats du dernier exercice, frais financiers, déficit, processus de rétablissement, direction renouvelée, relance, menace de fermeture… Pourtant, l’existence de cette université était* et demeure toujours essentielle.
Le commentaire le plus censé est venu paradoxalement de la firme comptable PricewaterhouseCoopers dans son analyse du dossier. Le recteur de l’université, Claude Corbo, a d’ailleurs bien fait d’en rappeler les conclusions lors de son discours de la rentrée 2008 : 1) « l’UQAM est allée au bout des mesures qu’elle pouvait prendre elle-même » et 2) «un retour à l’équilibre financier requiert aussi particulièrement une action décisive du gouvernement dans la défense du dossier de notre université.»
Il est maintenant clair que cette question jadis d’ordre interne est désormais de nature politique. Le règlement promis par la ministre Courchesne se fait attendre depuis des mois. C’est à se demander quel avenir la société québécoise veut pour elle-même.
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* La création de cette autre université francophone à Montréal a fait suite aux recommandations du comité issu de la Commission Parent présidé en 1965 par M. Guy Rocher.