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Reprographie nationale

octobre 2008

Société

Claude Villeneuve

L’Obstacle trudeauiste

Claude Villeneuve

C’est difficile, quand on caresse un rêve aussi fondamental que l’indépendance de son peuple, de penser que l’on peut porter une partie de la responsabilité devant son échec.

Depuis 1995, les souverainistes se sont employés sans cesse à faire la promotion de leur option. Il fallait dire comment le projet de pays était beau et bon, démontrer que le Québec en avait les moyens, expliquer à quel point les Canadiens étaient différents de nous dans leur rejet de Kyoto et dans leur engagement en Afghanistan.

Pendant ce temps, toutefois, le Québec devenait plus canadien. Dans la foulée de la grande peur référendaire, le gouvernement fédéral étendait son emprise, dans le cadre de l’application du funeste plan « B ». Pierre-Elliott Trudeau

Même les souverainistes intégraient en eux-mêmes, les principes fondamentaux du trudeauisme. L’exaltation du chartisme comme projet intégrateur et l’abandon des discours de la langue et de l’identité auront fait dire à l’ancien ministre Pierre Petitgrew à s’étonner que les souverainistes voulaient recréer « un petit Canada » dans un Québec qui se serait séparé. Bref, le projet souverainiste a cessé d’être nationaliste.

Dépouillés de cette pensée, les souverainistes eux-mêmes ont donc adopté cette croyance déviante voulant que générosité envers l’immigrant et volonté d’accueil devait nécessairement rimer avec négation de soi. Ce faisant, nous nous sommes desservis nous-mêmes autant que les nouveaux arrivants.

Il faut le dire et le redire. L’appui à l’option souverainiste a progressé à mesure que le sentiment d’identification au Québec a grandi. Depuis que l’un stagne, l’autre recule.

Un autre constat qui s’impose, c’est que l’appui au statu quo trudeauiste ne recueille pas l’appui de 20% des Québécois. Pourtant, ce sont eux qui ont gagné. Pourquoi, donc ?

Il est temps de rediriger notre tir. Nos énergies doivent être consacrées au déboulonnement de chacun des dogmes du trudeauisme et au démantèlement de chacun des leviers qui ont été créés pour l’imposer.

Certains diront, devant la faiblesse actuelle du Parti Libéral fédéral, que les trudeauistes sont au plus mal et qu’ils ne sont plus biens dangereux. Ils se trompent tragiquement.

D’abord parce que cette pensée délétère s’étend aujourd’hui bien au-delà d’un simple parti politique. Elle se trouve même dans nos rangs.

Ensuite parce que rien ne dit que le parti de Wilfrid Laurier ne renaîtra pas, un jour, de ses cendres. C’est plutôt le contraire qui serait étonnant.

Finalement, parce que malgré tout le mal qu’on a raison de dire du Parti Conservateur du Canada, l’insignifiance des écrans de fumée qu’il déploie pour faire croire aux Québécois qu’ils sont reconnus ne fera certainement  pas plus de mal que les assauts incessants que les héritiers de Pierre Eliot-Trudeau ont fait subir à la nation québécoise.

C’est une autre perversion avec laquelle il faut rompre : ce sado-masochisme qui a fait croire aux souverainistes que c’est en subissant constamment des défaites que leur projet avancerait. L’ennui, c’est que l’électorat, c’est bien connu, préfère les gagnants.

Et en conclusion, il y a quand même quelque chose d’ironique de voir les souverainistes s’opposer tantôt aux coupes en culture, tantôt aux baisses d’impôts des récents budgets fédéraux. Qu’il plaise à Stephan Harper de détruire lui-même l’État fédéral ne devrait pourtant pas nous faire tant de peine…

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