
Originaire du Lac-Saint-Jean, le concept de la rivalité Québec-Montréal m’a toujours bien fait rire.

« It takes two to tango », me disais-je. En effet, comment les gens de Québec pouvaient-ils entretenir une rivalité avec des gens qui ne s’en faisaient pas trop avec eux?
Pourtant, cet été, il y a quelque chose qui a changé. Ce sont les Montréalais qui ont le cafard. « Pis, votre beau petit 400e, vous trouvez ça le fun? » demandaient mes amis de la métropole avec un sourire en coin et une pointe de jalousie dans la voix.
Pendant ce temps, à Québec, on bombe le torse. On le fait avec une certaine candeur, il faut l’avouer… À la limite, aux yeux des gens de la Capitale, fêter le 400e de la présence française en Amérique c’était tellement sympathique, que même Paul McCartney a voulu être dans le party. C’est comme ça qu’ils voient ça.
Et il est là le problème. Et il est là le malaise des Montréalais. Il est là le vide ressenti par ceux qui ont la conscience nationale forte. La fierté que l’anniversaire de notre Capitale aurait dû procurer à tout notre peuple n’a pas été ressentie.
On peut pointer du doigt d’abord la volonté absolue de l’organisation des fêtes de dépolitiser l’affaire. Dans notre pays à l’épiderme sensible, on n’en est jamais trop loin! Justement : dans ce pays – et surtout à Québec – vouloir éluder une question est le meilleur moyen de la changer en controverse. Avec pour résultat que la thématique visuelle de fête foraine, les choix de programmation très consensuels et la mise de côté de certains symboles forts, comme le fleurdelisé ou la commémoration du décès de Félix Leclerc, auront laissé un sentiment d’inachevé à un peu tout le monde.
Mais on ne peut ignorer non plus l’absence de zèle des nationalistes à prendre leur place dans les fêtes. On pourra dire qu’il s’agit là d’un esprit collaborateur, mais peut-on vraiment prétendre que l’organisation d’activités concurrentes aura réussi à jeter de l’ombre sur l’important succès populaire des fêtes? On aurait fait œuvre plus utile en s’assurant de la présence de milliers de drapeaux québécois sur les sites des événements dont le succès était, lui, garanti.
De même, pensait-on vraiment qu’on obtiendrait de meilleurs résultats en canardant les activités pendant qu’elles étaient en cours, plutôt que d’amener les débats au préalable? Nationalistes, où étions-nous, depuis quatre ans que les Fêtes se mettaient en œuvre, pour nous assurer qu’elles aient un sens? Pour soutenir, par exemple, le MNQ dans ses demandes d’un budget accru pour pouvoir tenir un événement digne du contexte? Probablement en train de discuter du coffre à outils… C’était bien le temps, une fois que tout était joué, de se questionner sur le choix des artistes qui fouleraient les Plaines au cours de l’été.
Le point va au fédéralisme donc. Pas tant parce qu’il aura réussi à faire passer son message, mais bien parce qu’il n’y en aura eu aucun. Dans un contexte national où l’absence de débat favorise la continuité, le résultat est éloquent.
Et pendant ce temps, les gens de Québec sont pas mal fiers et n’ont plus envie de se laisser faire la leçon par personne. Ça tombe mal : ils n’étaient pas vraiment enthousiastes devant notre cause au départ.